Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et la fragmentation des échanges, Dakar a accueilli la première édition du Forum AGORA AFRIKA, une initiative du Club panafricain des affaires (CP2A) visant à faire passer la ZLECAf du registre des engagements politiques à celui de l’action économique concrète. Réunissant des décideurs publics, des chefs d’entreprise, des experts et des diplomates, le Forum s’est imposé comme un nouvel espace stratégique de réflexion et de propositions pour relancer durablement le commerce intra-africain.
Imaginez que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) devienne une réalité économique qui correspond aux aspirations du continent africain. C’est le pari que fait AGORA AFRIKA FORUM, dont la première édition s’est déroulée à Dakar, du 1er au 4 décembre 2025.
Initiée par le Club Panafricain des Affaires (CP2A), cette plateforme panafricaine de dialogue économique vise à faire passer l’intégration africaine du domaine des normes à celui de la mise en œuvre opérationnelle. La rencontre s’est tenue sous le thème « Relancer le commerce intracommunautaire africain par les critères de mise en œuvre de la ZLECAf». Elle a réuni des décideurs publics, des chefs d’entreprise, des experts, des universitaires, des institutions financières et des diplomates africains. Les travaux se sont déroulés sous la présidence de M. Khouraichi Thiam, administrateur du Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’Extérieur, en présence de Mme Félicité Achi, ministre conseillère représentant l’Ambassade de Côte d’Ivoire au Sénégal, ainsi que de nombreuses personnalités du monde économique et institutionnel africain.
L’Afrique se trouve actuellement à un carrefour, à un moment crucial de son histoire.
Dans un monde en proie aux conflits géopolitiques, à la fragmentation commerciale et à la fragilité des chaînes d’approvisionnement, l’Afrique fait face à une urgence stratégique : renforcer sa résilience grâce à l’intégration économique. Bien que le potentiel du continent soit considérable, les échanges intra-africains ne représentent toujours qu’environ 18 % de son commerce global, ce qui est alarmant.
Le Projet phare de l’Union africaine, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), propose une solution structurelle à ce défi. Avec un marché potentiel s’agit d’une occasion unique de transformation économique. Cependant, sa réussite ne dépend pas tant de la conclusion des accords que de leur mise en œuvre effective par les acteurs économiques, en particulier les PME. C’est précisément cette faille entre les aspirations politiques et la réalité économique que le forum AGORA AFRIKA a décidé d’aborder sans détour. Dakar, un choix stratégique et emblématique.
Le choix de Dakar comme ville hôte est dicté par une logique géopolitique et économique.
Carrefour diplomatique, économique et intellectuel de l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal est un acteur engagé en faveur de l’intégration régionale et continentale. En accueillant cette première édition, Dakar confirme sa vocation de hub panafricain de réflexion stratégique, mais aussi de laboratoire d’idées et de solutions pour la ZLECAf.
ZLECAf : des obstacles clairement définis
Les discussions au Forum se sont concentrées sur un panel central abordant les véritables conditions du succès de la ZLECAf. Les échanges ont permis d’identifier et d’analyser les obstacles persistants au commerce intra-africain :
• des défaillances logistiques et infrastructures majeures;
• la pérennité de barrières non tarifaires et de normes disparates;
• un accès limité au financement du commerce, en particulier pour les PME;
• une faible transformation locale complexe et peu harmonisée;
• une participation insuffisante des femmes et des jeunes aux chaînes de valeur régionales.
Un consensus fort s’est dégagé : la ZLECAf ne réussira pas sans l’implication directe du secteur privé africain, qui devra devenir le moteur réel de l’intégration économique.
Des interventions de grande qualité et un message sans équivoque Le Forum AGORA AFRIKA 2025 a été marqué par la présence de plusieurs personnalités issues des milieux institutionnel, économique et académique, telles que Dr Mouhamadou Makhtar Cissé, Dr Babacar Socrate Diallo, Dr Oumar Abdoulaye Ba, Elimane Haby Kane, Sidi Mohamed Lahlou, Mamadou Ngom, Issa Diouf, Jean-Lucien Kodjani, Safietou Diallo, Mamadou Badiane, Mamadou Lamine Diatta, entre autres. Au-delà de la variété des expériences vécues, un consensus a émergé : il est temps de passer des paroles aux actes. L’objectif est de transformer les engagements de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf) en opportunités économiques tangibles pour les entreprises africaines, en mettant l’accent sur les petites et moyennes entreprises (PME) et les acteurs des chaînes de valeur locales. Les orateurs ont souligné trois domaines clés à améliorer pour maximiser l’impact de la ZLECAf. Il s’agit de renforcer l’information et la formation des opérateurs économiques sur les mécanismes de la ZLECAf, favoriser la collaboration entre les États, le secteur privé et les institutions financières et créer des plateformes africaines de mise en réseau et d’intelligence économique.
Des suggestions pour une expansion future Conformément à sa mission opérationnelle, le Forum AGORA AFRIKA ne s’est pas contenté d’effectuer un simple examen. Les experts ont proposé un ensemble de recommandations clés visant à transformer la réflexion en action. Il s’agit d’abord de mettre en œuvre des réformes institutionnelles au- simplifier les processus commerciaux. Il importe ensuite de mettre en place des mécanismes d’intelligence économique continentale, qui permettront d’éclairer la décision publique et d’anticiper les risques stratégiques. Il est recommandé aussi de stimuler les chaînes de valeur africaines en renforçant la production, la conservation, la transformation et la consommation sur le marché africain.
Le forum a enfin encouragé de favoriser des partenariats publics-privés stratégiques pour soutenir une industrialisation durable, des infrastructures régionales solides et la compétitivité du continent. Vers un Policy Brief pour l’Union africaine Dans une perspective résolument tournée vers l’avenir, les participants ont demandé à ce qu’un Policy Brief soit préparé pour l’Union africaine et les États membres de la ZLECAf.
Cela permettrait de transformer les conclusions du Forum en propositions opérationnelles directement applicables. Cette démarche s’appuiera entre autres sur la rédaction conjointe d’un article scientifique tiré des discussions, sur la mise en place d’un groupe de travail interdisciplinaire et sur l’organisation d’une édition spéciale du forum AGORA AFRIKA, consacrée aux dirigeants africains et axée sur la concrétisation des recommandations. La diplomatie économique est au cœur de notre stratégie. Les discussions ont révélé un enseignement majeur: la diplomatie économique est un outil crucial pour la puissance africaine. La diplomatie du savoir, la coopération technique, l’hydrodiplomatie, l’harmonisation des politiques publiques et la convergence réglementaire ont été identifiées comme des leviers clés pour abattre les obstacles non tarifaires, faciliter les échanges et accroître la crédibilité du continent sur la scène internationale. Un projet qui s’étend dans le temps.
AGORA AFRIKA FORUM 2025 s’achève sur une conviction partagée : l’avenir économique de l’Afrique se construira par l’Afrique elle-même. La ZLECAf représente une occasion unique, mais sa réussite dépendra de notre capacité collective à surmonter les obstacles, à combiner les ressources et à mettre en valeur les compétences africaines. Sous l’impulsion du Club Panafricain des Affaires(CP2A), présidé par Mme Manal Ikir, le forum AGORA AFRIKA s’affirme maintenant comme une plateforme stratégique de réflexion, d’influence et de proposition, vouée à devenir un rendez-vous incontournable du calendrier économique panafricain.
Plus qu’un simple événement, le forum AGORA AFRIKA est un projet continental visant à renforcer l’autonomie, l’intégration et l’influence de l’Afrique sur la scène mondiale.





Par la Rédaction






