’Afrique possède l’une des plus importantes dotations en ressources naturelles au monde. Minerais stratégiques, hydrocarbures, terres agricoles, ressources halieutiques, forêts et potentiel énergétique constituent des actifs économiques majeurs. Pourtant, cette abondance peine encore à se traduire en puissance économique car le principal enjeu réside dans leur maîtrise économique.
LA CHAÎNE DE VALEUR : LE VRAI ENJEU
Trop souvent, l’Afrique demeure positionnée en amont des chaînes de valeur : elle extrait, exporte et importe ensuite des produits transformés à plus forte valeur ajoutée. Ce déséquilibre limite les revenus, l’industrialisation et la création d’emplois qualifiés.
Un exemple est particulièrement révélateur : le cobalt. La République démocratique du Congo produit environ 70 % du cobalt mondial, tandis que la Chine en raffine plus de 70 %. La valeur économique se crée donc largement après l’extraction.
La souveraineté économique passe donc par une nouvelle approche de la gestion des ressources. Il s’agit de développer la transformation locale, de renforcer les capacités industrielles, d’attirer des investissements mieux orientés et de négocier des partenariats permettant un partage plus équilibré de la valeur créée.
LA GUERRE GÉOPOLITIQUE DES MINERAIS
Cette stratégie concerne particulièrement les minerais critiques, devenus un enjeu majeur de la transition énergétique et des nouvelles technologies. Mais elle concerne également l’agriculture, l’énergie et les ressources maritimes, autant de secteurs dans lesquels le continent dispose d’avantages comparatifs considérables.
Les États-Unis ont lancé une stratégie officielle autour des « critical minerals ». L’Union européenne, de son côté, met en avant la notion d’« autonomie stratégique ».
La Chine sécurise depuis plus de quinze ans des positions dans le secteur minier africain à travers différents leviers : prêts, infrastructures et participations dans des entreprises minières. Les minerais sont désormais considérés comme un enjeu de sécurité nationale. Une nouvelle forme de guerre froide économique se dessine, et l’Afrique en constitue l’un des principaux épicentres.
LE RISQUE D’UNE NOUVELLE MALÉDICTION
L’enjeu n’est pas de renoncer aux investissements étrangers ni de s’isoler des marchés internationaux. est de passer d’une logique d’exportation de matières premières à une logique de création de valeur et de maîtrise des
chaînes de production. Le continent a déjà connu la malédiction du pétrole, celle des matières premières et la dépendance aux exportations de produits bruts.
Aujourd’hui, le risque est clair : exporter le lithium brut et importer les batteries électriques ; exporter
le cobalt et importer les véhicules électriques.
Ce scénario reproduirait un schéma historique : l’Afrique fournirait les ressources tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée serait créée ailleurs.
UNE OPPORTUNITÉ STRATÉGIQUE HISTORIQUE
La véritable richesse de l’Afrique ne se mesurera donc pas seulement à la quantité de ressources extraites de son sous-sol ou produites par ses territoires, mais à sa capacité à les transformer en capital industriel, en emplois, en recettes publiques et en compétitivité et à en maîtriser la valeur.
Contrairement au pétrole, les minerais liés à la transition énergétique s’inscrivent dans un marché mondial en pleine expansion, porté par une demande croissante.
L’Afrique peut transformer cette situation en opportunité en imposant davantage de transformation locale, en créant des zones industrielles minières, en négociant des transferts de technologie et en mutualisant sa stratégie à l’échelle continentale.
Mais cette ambition exige plusieurs conditions : stabilité politique, gouvernance transparente, coordination régionale et investissements massifs.
Par Mme Manal IKIR (Afrique à la une)






