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Mariée trop tôt, debout Pour toujours : Aissatou Korka Diallo ou le refus de la résignation

A Labé, dans le Fouta Djallon, naître fille reste encore trop souvent synonyme de futur compromis. Pour des milliers d’adolescentes, l’enfance se termine avant même de commencer. Aissatou Korka Diallo fait partie de celles dont on a tenté de voler l’avenir. À l’âge de 14 ans, alors qu’elle est en quatrième année du secondaire, elle est mariée. Trop jeune pour comprendre, trop jeune pour choisir, trop jeune pour renoncer.

Ce moment marque souvent la fin de l’école et des rêves, le début d’une vie de conformité et de silence. Cependant, Aissatou a décidé de résister à cette tendance, choisissant plutôt de poursuivre ses études. Le mariage précoce est souvent présenté comme une norme culturelle, plutôt que comme la violence sociale qu’il représente pour les jeunes filles.

Cette violence entrave leurs études, brise leurs rêves et confine les femmes à des rôles prédéterminés. Aissatou en a fait l’expérience, mais elle a su y résister. Pour elle, poursuivre ses études devient une question de vie ou de mort, un défi qu’elle relève malgré les pressions familiales et les conventions sociales. Elle étudie malgré les regards qui lui rappellent constamment qu’une femme mariée ne devrait plus être assise sur les bancs de l’école. Chaque livre qu’elle ouvre est une victoire remportée sur la soumission. En 2011, elle obtient un baccalauréat unique en sciences mathématiques. En 2015, elle a décroché une licence en comptabilité de gestion. Ces diplômes ne sont pas des simples titres académiques, mais la preuve irréfutable que le mariage précoce ne devrait jamais être une condamnation perpétuelle.

Transformer une injustice en combat collectif

Aissatou aurait pu voir son parcours comme une exception et se satisfaire d’avoir «réussi malgré tout». Elle fait exactement le contraire. Elle réalise très tôt que sa réussite n’a de sens que si elle permet de libérer d’autres personnes. Après avoir fait ses stages en administration publique, elle a travaillé dans le milieu associatif, notamment à l’ONG ADF – Agir pour le droit féminin, où elle occupe aujourd’hui le poste de responsable administrative et financière. Cependant, résumer son rôle à cette fonction serait une erreur.

 Aissatou, c’est avant tout une voix. Sur le terrain, elle croise des jeunes filles qui ont été mariées trop tôt et se sentent démotivées, prêtes à quitter l’école. Elle ne leur prêche pas la morale depuis une estrade, mais s’exprime depuis son propre vécu. Elle incarne un message fort : le système peut sembler injuste, mais il ne l’emportera pas tant que vous ne renoncerez pas. Son combat est manifeste : il cherche à convaincre que l’éducation des filles n’est pas une faveur, mais un droit inaliénable. Le développement ne peut se réaliser au prix du sacrifice d’une partie de la population. Chaque jeune fille privée d’éducation représente une perte pour l’ensemble de la communauté.

Former des leaders, et non des survivantes.

Consciente que l’engagement nécessite des compétences solides, Aissatou continue de se perfectionner. En 2021, elle a bénéficié d’une bourse de maîtrise en leadership en ligne, grâce à Liberal International et à l’Union africaine. Elle a ensuite intégré le programme YALI à Dakar, spécialisé en business et en entrepreneuriat. Ces expériences renforcent sa conviction que l’émancipation des femmes passe par leur autonomie économique.

C’est dans cet état d’esprit qu’elle a fondé HABDOUL, une entreprise spécialisée dans l’élevage de poules pondeuses, avec une capacité initiale de 2 000 sujets. Ce projet va bien au-delà d’une simple activité économique. Il s’agit d’un geste politique puissant, démontrant qu’une femme ayant connu un mariage précoce peut se transformer en entrepreneuse prospère et en actrice clé du développement local.

 En rejetant le destin prédéterminé, elle a choisi de façonner son propre avenir.

Aujourd’hui, Aissatou Korka Diallo ne se définit plus par son mariage précoce ni par les épreuves qu’elle a traversées. Elle se définit désormais par ce qu’elle construit. Son ambition est d’agrandir sa ferme avicole pour qu’elle compte 10000 poules pondeuses d’ici 2027, de consolider son entreprise et de renforcer son impact sur sa communauté.

Cependant, au-delà de son propre cheminement, l’histoire de cette personne soulève une question cruciale : combien de talents perdons-nous chaque année en acceptant encore et toujours le mariage des enfants? Combien de futurs leaders, entrepreneurs et intellectuels sont étouffés avant même d’avoir eu la chance de se développer? Aissatou Korka Diallo est un exemple éloquent de la nécessité de mettre fin aux mariages précoces, non pas par tradition, mais parce qu’il s’agit d’une injustice qu’il faut combattre. Son parcours nous oblige à regarder en face ce que nous tolérons, à remettre en question ce que nous appelons «culture» lorsque celle-ci détruit des vies.

Son combat est un cri du cœur, une supplique pour que chaque jeune fille puisse exercer son droit de décision, d’apprentissage et de réussite. En effet, une communauté qui marie ses enfants trop tôt compromet son propre avenir.

Par la Rédaction

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