Home / START UP / SAID AMDI : “L’AFRIQUE NE DOIT PLUS SEULEMENT CONSOMMER, ELLE DOIT PRODUIRE”

SAID AMDI : “L’AFRIQUE NE DOIT PLUS SEULEMENT CONSOMMER, ELLE DOIT PRODUIRE”

Entre vision industrielle, production locale et coopération Sud-Sud, Said Amdi, cofondateur et directeur général de Sama Hygienic Africa (SHA), partage sa vision d’une Afrique tournée vers la transformation industrielle. Installé au Sénégal, l’entrepreneur maroco-africain revient sur les défis de l’industrie, les opportunités en Afrique de l’Ouest et l’avenir du partenariat économique entre le Maroc et le Sénégal.

« L’Afrique doit devenir un continent de production »

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre entreprise ? Qu’est-ce qui vous a motivé à investir au Sénégal ?

Je suis Said Amdi, entrepreneur maroco-africain et cofondateur-directeur général de Sama Hygienic Africa (SHA), une entreprise industrielle basée à Dakar, spécialisée dans la fabrication de produits hygiéniques et de papier tissue. Avant de me lancer dans l’entrepreneuriat, j’ai évolué pendant plus de quinze ans dans plusieurs secteurs : l’IT, les ressources humaines, le trade marketing et le développement commercial, avec une forte exposition aux marchés ouest-africains. Cette expérience m’a permis de développer une conviction forte : l’Afrique ne doit pas uniquement être un marché de consommation, elle doit devenir un continent de production et de transformation locale. Le Sénégal s’est imposé comme une évidence. C’est un pays stable, stratégique et tourné vers l’avenir, avec une population jeune et dynamique.

Mais au-delà du potentiel économique, j’y ai retrouvé des valeurs humaines très proches de celles du Maroc : l’hospitalité, l’ouverture et l’ambition. Nous avons identifié une demande croissante pour des produits hygiéniques de qualité et accessibles. C’est cette vision qui nous a poussés à créer une structure capable de produire localement, de créer de l’emploi et de participer au développement industriel du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest.

 « Les produits hygiéniques sont devenus essentiels »

Pourquoi avoir choisi le secteur des produits hygiéniques ?

Le secteur des produits hygiéniques est aujourd’hui un secteur essentiel. Ce ne sont pas des produits de luxe, mais des produits du quotidien qui touchent directement à la santé, au confort et à la dignité des familles. En Afrique de l’Ouest, nous avons constaté une forte dépendance aux importations alors que la demande locale augmente rapidement. Nous avons donc voulu créer une industrie capable de produire localement des produits de qualité internationale tout en restant accessibles. Notre vision est simple : démocratiser l’accès à des produits hygiéniques fiables, fabriqués en Afrique, pour l’Afrique.

 « Le Sénégal est devenu une base stratégique »

Depuis combien d’années êtes-vous implanté au Sénégal ?

 Je travaille avec l’Afrique de l’Ouest depuis cinq ans, mais notre implantation industrielle au Sénégal avec SHA est plus récente, environ une année.

Aujourd’hui, nous sommes dans une phase d’accélération et de structuration industrielle avec d’importantes ambitions régionales. Le Sénégal est devenu une véritable base stratégique pour notre développement en Afrique de l’Ouest.

« L’industrie demande patience et adaptation »

Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de l’installation et du développement de votre activité ?

Comme tout projet industriel en Afrique, les défis sont nombreux. Le premier concerne les infrastructures : énergie, logistique, stockage ou encore coûts industriels. Une usine doit fonctionner avec régularité et stabilité, et la 25 moindre interruption peut avoir un impact direct sur la production. Le deuxième défi touche au financement et à l’accès au capital industriel. L’industrie nécessite des investissements lourds et une vision de long terme. Ensuite, il y a le défi humain. Le Sénégal dispose de très bons talents, mais il faut investir énormément dans la formation et l’accompagnement afin de créer une véritable culture industrielle. Enfin, il faut apprendre à s’adapter aux réalités du terrain africain. En Afrique, la réussite exige de la patience, une présence permanente sur le terrain et une forte capacité d’adaptation.

 « Produire localement crée de la valeur durable »

Comment évaluez-vous aujourd’hui l’environnement des affaires au Sénégal ? Votre entreprise privilégie-t-elle une production locale ?

 Le Sénégal possède un environnement des affaires prometteur, avec une réelle volonté des autorités de renforcer l’industrialisation locale et d’encourager l’investissement productif. Bien sûr, il existe encore des défis administratifs, logistiques et opérationnels, mais la dynamique globale reste positive pour les investisseurs qui s’inscrivent dans une vision de long terme. Chez Sama Hygienic Africa, nous croyons profondément à la production locale. Produire au Sénégal permet de créer de la valeur sur place, de réduire progressivement la dépendance aux importations et de développer des compétences industrielles locales. Aujourd’hui, notre activité génère déjà plus de 80 emplois directs ainsi qu’un nombre important d’emplois indirects à travers nos partenaires, fournisseurs, transporteurs et distributeurs. Je tiens également à saluer le rôle d’APIX Sénégal et d’APROSI, qui nous accompagnent depuis notre implantation et participent activement au renforcement de l’attractivité industrielle du Sénégal.

« Nous voulons rivaliser avec les produits importés »

Quels standards de qualité et d’innovation appliquez-vous ?

Nous avons choisi dès le départ de travailler avec des standards industriels élevés. Cela passe par le contrôle qualité des matières premières, le suivi rigoureux de la production, l’optimisation des performances produit, le respect strict des normes d’hygiène ainsi que l’amélioration continue des process industriels. Nous investissons également dans l’innovation produit et packaging afin d’adapter nos produits aux besoins réels du consommateur africain. 26 Notre objectif est clair : proposer une qualité capable de rivaliser avec les produits importés, tout en maintenant des prix accessibles.

« L’avenir est dans la production en Afrique »

Quel regard portez-vous sur la coopération économique entre le Maroc et le Sénégal ?

La coopération entre le Maroc et le Sénégal est historique, stratégique et profondément humaine. Elle dépasse largement le simple cadre économique grâce à des liens culturels, spirituels et diplomatiques solides. Les entreprises marocaines ont aujourd’hui un rôle important à jouer dans l’industrialisation, le transfert de savoir-faire et le développement des compétences en Afrique de l’Ouest. Je tiens d’ailleurs à saluer Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour sa vision de la coopération Sud-Sud, qui a permis de renforcer les liens économiques entre le Maroc et plusieurs pays africains. Mais cette coopération doit désormais évoluer vers davantage de partenariats industriels locaux et de co-construction. L’avenir ne doit pas être uniquement dans l’exportation vers l’Afrique, mais dans la production en Afrique, avec des partenaires africains.

 « L’Afrique doit investir en elle-même »

Pensez-vous que les entrepreneurs africains investissent suffisamment sur le continent ? Il y a une évolution positive, mais nous devons aller beaucoup plus loin. Pendant longtemps, beaucoup d’entrepreneurs africains ont préféré investir à l’extérieur du continent ou dans des secteurs à retour rapide. Aujourd’hui, nous devons davantage investir dans l’industrie, la transformation locale et les infrastructures. L’Afrique représente l’un des plus grands potentiels économiques du monde, mais ce potentiel doit être construit par les Africains eux-mêmes.

« L’industrie est un marathon »

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs africains ?

Je leur dirais avant tout d’être patients et réalistes. L’industrie est un marathon, pas un sprint. Il faut accepter les difficultés, apprendre le terrain, maîtriser les chiffres, construire une équipe solide et surtout rester constant. La motivation seule ne suffit pas. Ce qui fait réellement la différence, c’est la discipline, la capacité d’exécution et la résilience. Je leur conseille également de ne pas copier des modèles étrangers sans adaptation. L’Afrique possède ses propres réalités, ses propres consommateurs et ses propres opportunités.

 « Notre ambition est de devenir une référence régionale »

Quels sont vos projets pour les prochaines années ?

Notre priorité est de renforcer nos capacités industrielles au Sénégal et d’élargir progressivement notre présence en Afrique de l’Ouest. Nous voulons développer de nouvelles lignes de production, renforcer nos marques, créer davantage de partenariats stratégiques et continuer à investir dans la qualité, l’innovation et la formation des équipes. Notre ambition est de devenir un acteur industriel sénégalais de référence dans le secteur des produits hygiéniques.

« L’Afrique de l’Ouest offre d’immenses opportunités »

Quels secteurs offrent aujourd’hui le plus d’opportunités en Afrique de l’Ouest ?

Je pense que les plus grandes opportunités se trouvent dans :

• l’agroalimentaire et la transformation locale ;

• l’industrie des produits de grande consommation ;

• les produits hygiéniques ;

• et l’agriculture industrielle.

L’Afrique de l’Ouest est une région jeune, dynamique et en forte croissance démographique. Les besoins y sont immenses. Les entrepreneurs capables d’apporter des solutions concrètes, accessibles et adaptées au terrain auront un rôle majeur dans les prochaines années.

Par la Rédaction (Afrique à la une)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *