Longtemps perçue à travers le prisme des défis – madou Mahtar Mbow dont la carte de visite est kilométrique n’a jamais été un homme consensuel. Et c’est précisément pour cela qu’il fut un grand homme. Dans un monde structuré par des rapports de domination intellectuelle, culturelle et médiatique, il osa affirmer une vérité simple mais dérangeante : l’universalité ne peut être crédible que si elle est équitable. Premier Africain à diriger l’UNESCO, Amadou Mahtar M’Bow ne considérait pas cette nomination comme une consécration personnelle, mais comme une responsabilité historique. À partir de 1974, il transforma une institution jusque-là largement façonnée par les intérêts des puissances du Nord en une tribune pour les peuples longtemps privés de voix. Il ne demanda pas la charité ; il exigea la justice.
Son combat le plus emblématique, celui du Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (NOMIC), fut une tentative audacieuse de briser le monopole narratif exercé par quelques grands centres médiatiques occidentaux. M’Bow avait compris avant beaucoup d’autres que dominer l’information, c’est dominer les consciences. Il dénonça sans détour l’asymétrie des flux Amadou Mahtar M’Bow : la voix africaine qui dérangea l’ordre du monde Par Sidi Mohamed LAHLOU formation, la caricature permanente de l’Afrique et du Sud global, et l’invisibilisation systémique de leurs savoirs, de leurs cultures et de leurs réalités. Ce positionnement courageux ne fut pas sans conséquence. Accusé de politiser l’UNESCO, attaqué pour son indépendance d’esprit, M’Bow subit une hostilité croissante qui conduisit au retrait de certains États de l’UNESCO. Mais l’histoire retiendra que ce n’est pas Mahtar M’Bow qui radicalisa l’UNESCO ; ce sont ses idées qui mirent à nu les hypocrisies d’un ordre mondial se réclamant de la liberté tout en refusant l’égalité. M’Bow refusa toujours de plier. Il croyait que la décolonisation ne pouvait être seulement territoriale ou économique : elle devait être mentale, culturelle et informationnelle. À ses yeux, une Afrique qui se contente de consommer les récits des autres est une Afrique encore dominée. Il appelait les intellectuels africains à produire, transmettre et défendre leur propre vision du monde, sans complexe ni mimétisme. Au-delà de l’Afrique, Mahtar M’Bow fut un penseur radical de l’universel.
Il ne s’opposa jamais à l’Occident en tant que civilisation, mais à l’hégémonie comme système. Il défendit une idée profondément moderne : le pluralisme des cultures comme fondement de la paix mondiale. En cela, il fut en avance sur son temps. Aujourd’hui, à l’ère des plateformes numériques, des guerres de l’information et des récits manipulés, la pensée de Mahtar M’Bow résonne avec une force troublante. Ses combats, hier combattus, apparaissent désormais comme des évidences tardives. Honorer Mahtar M’Bow, ce n’est pas seulement saluer une mémoire. C’est assumer un héritage. Celui d’un Africain qui osa dire non, qui refusa la soumission intellectuelle et qui rappela au monde que la dignité n’est pas négociable. Son attachement à son deuxième pays le Maroc était indéfectible, proche de feu Hassan2 il fut membre de l’académie royale de Rabat, fondateur du cercle Sénégal Maroc D’Amitié et de Fraternité (Cesemaf) le mois d’avril 2005 car très attaché à cette fusion spirituelle et culturelle entre les deux peuples frères Sénégalais et Marocains. Pour honorer la mémoire du président Amadou Mahtar Mbow le ministre Amadou Kane à voulu raviver le flambeau depuis 2025 en assurant la présidence dans la continuité. Tous les membres du Cesemaf se joignent à moi pour souhaiter le paradis à notre patriarche.
Par Sidi Mohamed Lahlou
Secrétaire Général du Cesemaf
Président du Club des Investisseurs Marocains au Sénégal






